LAICITE v. LIBERTE D'EXPRESSION DES OPINIONS RELIGIEUSES

LA LAÏCITE FACE A SES DETRACTEURS

Le mercredi 15 janvier 2014 nous avons assisté à une séance d’information sur la Laïcité organisée par l’UROF avec une intervenante de l’ADRIC.

Cette séance était dédiée à l’harmonisation des réponses aux objections sur le principe de laïcité ou aux actes religieux effectués dans les centres de formation de la part des stagiaires afin d’obtenir un argumentaire valable et harmonisé. Etaient donc présents lors de cette demi-journée différents responsables de Centres de formation d’Ile-de-France.

Le fondement de la laïcité est la liberté de conscience.

La laïcité intervient dans une zone qui est à mi-chemin entre l’identité et la sociabilité.

Les participants à la réunion ont sollicité un argumentaire sur deux points :

- l’objection de la survivance de fêtes religieuses chrétiennes : Noël, Pâques, Ascension, etc, voire même le fait que les années sont comptées en France à la date supposée de la naissance du prophète chrétien… Avec les objections : pourquoi l’Aïd, la fête de Ganesh ne seraient-ils pas fériés ?

- Comment articuler liberté d’expression avec l’interdiction du port de signes ostentatoires dans les services publics.

Un participant a émis que « la laïcité, c’est plus que la tolérance ».

A ces demandes a été répondu (et ça a été l’objet de presque toute la réunion). :

1/ La liberté n’est pas un absolu, mais est relative a une société donnée (mœurs, cultures, Histoire, traditions, etc.)

2/ La prise en compte de l’apparence sociale, notamment dans le monde du travail, qui oblige à tenir compte des autres (la sociabilité) et à ne pas les choquer.

Développons :

1/ La liberté n’est pas un absolu et n’est donc pas à être vue d’un point de vue religieux. Toute demande d’absolutisme de la liberté est soit un fanatisme, soit une vision religieuse du concept. Faire remarquer à celui qui émet cette vision que nous ne sommes que des Hommes et que même si nous nous donnons des idées universelles (et qui le sont) elles ne sont pas absolues/absolutistes mais doivent tenir compte de la société, ses traditions, ses mœurs, etc. Par exemple si la Justice doit être impartiale, ce n’est pas parce que certains trouvent tel ou tel jugement de Cour partial que cela remet en cause toute la Justice, car même si la Justice tient du domaine des idées, elles n’est exécutée que par des êtres humains, etc. Ainsi, la liberté n’est pas totale et ne peut se résoudre à la Déclaration des Droits de l’Homme : « la liberté consiste à faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ». Ce n’est pas un absolu : il faut continuer à se battre pour faire accepter des modes non-conformes (homosexualité, droits des femmes, etc.).

De même le port du voile, même s’il n’est interdit que dans les services publics peut rencontrer le désaccord d’une partie de la société française de par son Histoire, sa culture, etc. De même, la persistance des fêtes chrétiennes dans le calendrier, même si elles sont en moins grand nombre que les fêtes laïques provient de l’Histoire de la France, d’un temps où la religion était religion d’Etat. Le contraire est du « révisionnisme ». Faire remarquer que Noël n’est pas une fête chrétienne à l’origine (mais la fête de l’Equinoxe) et qu’elle était fêtée même chez les romains et d’autres civilisations, que bien de ses symboles ne sont pas chrétiens : Père Noël, sapin.

2/ La visibilité sociale : (nous intéresse pour le port du voile). Le monde du travail est un espace de citoyenneté mais plus encore de « réciprocité ». Le « vivre ensemble » suppose des concessions de part et d’autre et de tenir compte de la sociabilité de chacun. Faire remarquer aux adeptes de la monstration du signe religieux partout qu’ils parlent toujours d’eux, de leur liberté, mais pas des autres, alors que le monde du travail est, après l’Ecole, le deuxième lieux du « vivre ensemble », avec des gens qu’on a pas choisis mais dont on doit respecter la sensibilité. Il faut donc argumenter sur la réciprocité (pas ce que j’attends mais ce que j’offre) et l’intérêt général.

Ainsi le port de signes religieux peut choquer la sensibilité de certains collègues et il faut en tenir compte. L’apparence que l’on donne est un message qu’on envoie à ses collègues et il ne faut pas s’étonner (comme certains le font) qu’il y ait une réponse à ce message. En effet, certains voudraient qu’on les traite comme les autres avec un signe religieux, comme si ce signe ne signifiait rien. De même un tee-shirt politique, une coupe punk, un décolleté trop visible, etc.

C’est en articulant ces deux notions : refus d’une vision absolutiste des idées (même la devise Liberté Egalité Fraternité) et l’apparence dans l’échange, que nous avons notre argumentaire et que le débat peut être amorcé.

Par exemple, le communisme soviétique peut être vu comme une vision absolue du principe d’Egalité, avec tous les dégâts que cela a généré dans l’Histoire.

Il faut donc repérer les absolutismes dans le discours des usagers et le leur faire remarquer. Même les Sciences qui se veulent mathématiques, donc logiques et a priori pouvant offrir des vérités éternelles sont mouvantes et les certitudes d’une époque sont remises en cause à la génération suivante.

Il faut donc travailler sur les représentations et les trajectoires des apprenants. C’est à partir de leurs représentations que le débat peut prendre appui et s’amorcer.

Repérage au niveau des représentations :

Une idée est vue d'un point de vue absolu si :

- Elle est vue comme valable en tout temps et en tout lieu.

- Elle est infaillible et presque nécessaire (et pas contingente).

- Elle ne rencontre pas de limites qui viendraient la clôturer ( elle n'est pas relativisée ou historicisée)

- Elle est fixée dès l'origine et n'évolue pas avec le temps (idéologie fixiste) accompagnée généralement d'une recherche des origines et de figures tutélaires (héro fondateur).

Par exemple : lors d'un débat sur l'homosexualité, un stagiaire probablement peu ouvert sur la question demande au formateur comment Freud considérait l'homosexualité. Informé que Freud considérait cette pratique sexuelle comme une "perversion", le stagiaire s'enfonce alors dans une joie muette et profonde. Il faut alors repérer la vision religieuse d'une idée. En effet, dans ce cas, une figure tutélaire (Freud) établit dès l'origine (invention de la psychanalyse) une vérité éternelle (les jugements plus modernes de psychanalystes contemporains ne sont pas considérés au même niveau que ceux de la figure tutélaire).

On peut diviser dans un tableau la différence entre l’identité et la citoyenneté. Il est à remarquer que la négation de l’identité par l’Etat au service exclusif de la citoyenneté entraîne les dégâts que l’on peut observer aujourd’hui (selon notre intervenante) :

Face à face le rapport de ces idées :

IDENTITE                                                       CITOYENNETE

Héritage-tradition                                           Citoyenneté, contrat social

Filiation                                                           Choix, volonté

Symbolique du sang                                      Droit du sol

Terre des ancêtres                                         Territoire

Mémoire                                                          Histoire collective

Communauté                                                  Associations, syndicats, Nation

Symbolisme, foi, croyances                            raison

Ce qui fait le liant entre l’identité et la citoyenneté, c’est la FRATERNITE.

Dans le monde du travail, on n’est pas là pour témoigner de sa religion. Le monde du travail n’est pas le lieu de revendication de l’identité mais c’est un lieu de partage de l’espace public.

Si les femmes sont mises en avant par les fanatiques (sur leur corps, donc dans la visibilité – invasion de l’espace social) c’est parce que ce sont les femmes qui transmettent le plus l’identité par la filiation.

Pour finir, rappelons les mots du Président de la République, Mr Jacques Chirac, pendant la magistrature duquel est passée la Loi sur l’interdiction du port de signes religieux ostentatoires dans les écoles de la République. Le 5 décembre 2003, à Tunis, Jacques Chirac a déclaré aux lycéens avec lesquels il débattait : « Je considère que, les Français étant ce qu'ils sont, le port du voile est une sorte d'agression qu'il leur est difficile d'accepter » ce qui éclaire bien cette idée de vision non-religieuse du concept de liberté forcément inscrit dans un tissu d’échanges que l’on peut appeler une société, une culture, etc.

Christophe Biau

Responsable pédagogique IDEFLE