Eté 2015 : la mode entre codes et normalité

Depuis le 5 septembre, les fashion weeks présentant la mode femme printemps-été 2015 se succèdent de New York à Milan via Londres avant le final parisien, la semaine prochaine. Premier constat : par temps de houle, on ne bouscule pas la cliente. On la choie, on la conforte.

Une mode raisonnable est-elle encore à la mode ? La raison semble, en effet, avoir gagné les podiums de toutes les maisons. Logique, par temps économique houleux, on ne cherche pas l’innovation à tous crins. On rassure. Maître mot ? Le confort, une valeur longtemps sous-évaluée dans le vestiaire féminin mais qui revient en force, comme d’ailleurs chez son alter ego masculin. Il est érigé en thème de la collection chez un Paul Smith (voir ci-contre). Il n’est négligé nulle part, quitte à privilégier des volumes amples sur des bermudas aux allures de jupe-culotte – le désastre stylistique n’est pas loin. On préférera son expression dans l’élégante simplicité – une locution qui ne semble plus un gros mot sous les sunlights – présidant à l’esprit d’un Sportmax ou d’un Bottega Veneta, magistral.

Photo: robe de ceremonie

Cette évidence du vestiaire rime avec féminité : les tailles sont marquées et l’accessoire de la saison prochaine se vendra facilement. Il s’agit de la ceinture de cuir qui s’affirme en lien, voire en « obi » de cuir. Et puis, confort toujours, l’été sera plat : la sandale, la sneaker et le mocassin règnent en maître et pas seulement via le « canal historique » de maisons de souliers qui, comme celles du groupe de Diego Della Valle – Tod’s et Hogan –, déclinent du prêt-à-porter. Les seules exceptions riment en général avec le patrimoine génétique des marques, à l’instar des talons de 10 centimètres d’un Sergio Rossi en pleine forme, ou des 15 centimètres des femmes Versace.

Car l’ADN, ce fameux héritage des marques, constitue aussi une assurance tout risque, particulièrement en Italie où il est glorifié, de Gucci à Pucci, via Trussardi. Il s’affirme aussi comme un rendez-vous avec les clientes chez Dolce & Gabbana, où la Sicile en version domination des Bourbons d’Espagne permet de décliner savoir-faire et petites robes noires. A contrario, il peut aussi n’être plus que l’occasion d’un jeu, à l’instar du final Burberry Prorsum déclinant le trench à l’infini comme autant de pièces uniques peintes à la main.

La créativité n’est pas morte

Ce jeu avec les codes est paroxistique à New York, où de Michael Kors à Altuzarra via Ralph Lauren – pour les versions les plus réussies et les plus luxe –, les vestiaires s’adaptent aux règles d’une sociabilité américaine marquée : la robe de cocktail, très Anna Wintour en goguette, la robe de gala, pour jeune « socialite » en soirée au Metropolitan Museum ou Opera, etc.

On est souvent très loin du second degré qui brille outre-Manche où un J.W. Anderson joue avec les conventions bourgeoises du BCBG, où un Thomas Tait déconstruit le vêtement, où un Christopher Kane s’émancipe de l’ombre tutélaire de ses maîtres, et en particulier de Louise Wilson, professeur à la Saint Martins School disparue en mai 2014, figure de la fashion à qui il dédie sa collection. La preuve que la créativité n’est pas morte, et qu’elle peut s’accorder à la réalité économique. Ainsi, la jeune marque new-yorkaise Hood by Air combine sens de la provocation avec ses modèles défilant au pilori et blousons de cuir embossés que les acheteurs s’arrachent. Une équation maîtrisée aussi par Miuccia Prada en pleine recherche conceptuelle sur l’avenir du vêtement et du luxe dans une ère post-catastrophe. On est à la limite de la poésie.

Poésie rare sur les podiums et qu’il fallut chercher à New York, en faisant un pas de côté avec Olivier Saillard, directeur du musée Galliera et scénographe d’un happening « Models Never Talk » mettant en scène tops d’hier et souvenirs des créations qu’elles portèrent. Mais peut-on encore dire « merci pour ce moment » ? Même de grâce.

En savoir plus sur: http://www.jadorerobe.fr/robe-de-soiree-pour-mariage

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