Dans l’édito du jour, notre psychologue retranscrit les paroles d’un journaliste de guerre. Il répond à la question :

Qu’avez-vous vu et ressenti lors de votre premier jour à la guerre ?

Il était 6 heures du matin et nous sommes sortis de notre camp pour sonder le terrain. Nous étions dix. Pour nous tous c’était la première fois que nous étions au Pakistan, mais nous avions tous vu à la télé des reportages où ils racontaient des conditions de vie du pays, donc nous avions une idée et nous étions conscients que nous nous trouverions face à la pauvreté, à la misère, au danger et à la violence dans les rues. Toutefois, l’impact était si fort que j’ai eu besoin de vous, même si je ne suis jamais allé voir un psychologue. Les rues étaient rasées, tous les bâtiments détruits, donc les personnes habitent dans les maisons où tout le monde peut entrer, sans intimité ni confidentialité. En plus, il y avait une alarme qui sonnait de temps en temps, et ça signifie que les organes de sécurité de l’État entrent dans les propriétés privées pour détruire les restes. Les personnes ont peur, on a vu la panique sur leurs visages : une image que je ne vais jamais oublier. Elles n’ont rien, la majorité n’a même pas de famille, parce que la population est en train d’être réduite rapidement à cause des bombardements quotidiens. Les personnes ne sont pas des personnes, elles sont des corps vivants qui marchent dans les rues en attendant qu’un jour ce soient eux qui meurent. Les enfants ne veulent pas jouer, ils ne rient pas, ils n’ont pas la joie caractéristique de l’enfance. Également, ils sont les principales victimes des organes de sécurité de l’État, parce qu’ils les utilisent pour menacer leurs familles.Tout est horrible, trop triste, et je dois être capable de travailler là-bas pendant une durée indéterminée...c’est une grande douleur que je ressens, je suis désarmé…

Monica