Histoire d'une usine en Basse-Seine

La raffinerie de Port-Jérôme

Port-Jérôme et l'empereur Napoléon III

Dans les années 1850, sous le règne de l'empereur Napoléon III, de grands travaux sont lancés sur la Seine en aval de Rouen afin de favoriser la navigation : le chenal est approfondi, les bancs de sable sont supprimés, et les rives du fleuve endiguées.

Un petit port est créé sur la rive en face de Quillebeuf-sur-Seine. Il reçoit le nom de Port-Jérôme en hommage à Jérôme, l'oncle de Napoléon III et frère de Napoléon Ier.

En France, on n'a pas de pétrole mais...

Dans les années 1920-1930, la consommation mondiale de pétrole explose à cause de la multiplication des moteurs à explosion, notamment ceux qui équipent les automobiles. Quasiment dépourvue de gisements de pétrole, la France est obligé d'importer d'Amérique l'or noir. Toutefois, le gouvernement entend ne pas dépendre entièrement de l'étranger : il favorise le développement de l'industrie du raffinage sur le territoire français.

Naissance de la raffinerie

En 1933, est mise en service une raffinerie de pétrole à Port-Jérôme, la Standard franco-américaine de raffinage. Elle occupe 190 ha de prairies. Ce sont principalement des capitaux américains qui financent la construction, notamment ceux de la Standard Oil of New Jersey (future Esso). A la même époque, au début des années 1930, les trois autres raffineries de la Basse-Seine sont ouvertes :

  • à Notre-Dame de Gravenchon, juste à côté, possédée par Mobil
  • à Gonfreville-l'Orcher, près du Havre, possédée par la Compagnie française de raffinage (futur Total).
  • à Petit-Couronne, près de Rouen, possédé par Shell (puis Pétroplus). La raffinerie a fermée en 2013.

Alors que nous sommes dans les années post-1929, le raffinage du pétrole est un des quelques secteurs qui ne connait pas la crise.

Pourquoi une implantation en bord de Seine ?

La Basse-Seine présente trois avantages pour l'implantation de raffineries :

  • Elle est proche du Havre, le port d'importation du pétrole d'Amérique. Le pétrole arrive par pipe-lines jusqu'aux raffineries car la Seine, insuffisamment profonde, ne peut accueillir les gigantesques navires pétroliers.
  • La Basse-Seine est en retrait par rapport à la frontière allemande, une considération importante pour ces usines stratégiques. Cette situation se révéla insuffisante lors de la Seconde Guerre mondiale puisqu'en 1940, l'armée allemande parvient facilement jusqu'à la Seine. Avant de fuir, les Français incendient la raffinerie de Port-Jérôme afin que l'ennemi ne puisse l'utiliser.
  • La Basse-Seine est proche du principale centre de consommation français, la région parisienne. La Seine, navigable, permet un acheminement à moindre coût.

"Un ensemble cyclopéen monstrueux et déconcertant"

Incendiée au début de la guerre, la raffinerie est reconstruite à partir de 1948. L'activité repart de plus belle car la demande de produits raffinés (essence, fuel, gasoil) ne cesse d'augmenter.

En 1953, le géographe René Musset observe, fasciné, le développement du site industriel :

"Le tout, quelque ordonné qu'il soit, fait, par la complexité et la variété des formes architecturales, un ensemble cyclopéen de hautes constructions où dominent le fer et le ciment, véritable petite ville industrielle aux formes hardies et bizarres, dont le contraste avec les eaux de l'estuaire et les prairies basses qui les encadrent a quelque chose de monstrueux et de déconcertant".

Le village voisin, Notre-Dame-de-Gravenchon, se transforme. En 1931, avant la construction de la raffinerie, on y comptait un peu plus de 500 habitants ; 20 ans plus tard, il sont dix fois plus (5500). Une cité accueille les nouveaux employés. Esso fait construire un "Hôtel des célibataires" pour les hommes seuls.

En 2002, suite à la fusion de Esso et de Mobil, les raffineries voisines de Port-Jérôme (Esso) et de Notre-Dame de Gravenchon (Mobil) fusionnent.

En 2012, la raffinerie, désormais appelée raffinerie de Gravenchon, complétée par une usine de lubrifiants et plusieurs unités pétrochimiques de la société ExxonMobil (Esso), se déploie sur 700 ha et emploie un peu plus de 2000 personnes.

Une présentation de Histoire-Normandie.fr

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2 years ago
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Très bien conçu .... Je viens de découvrir....Bravo !

2 years ago
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Merci Annie. Outil très agréable à utiliser.