Appelle-moi Papa!
étude de la paternité en Isère

Autoritaires, accaparés par le travail, peu présents à la maison ? Loin de ces clichés vieillots, une enquête de l’Observatoire de la vie familiale de l’Isère (OVF 38) s’est (enfin) intéressée de près aux pères du département.

Car si le rôle de la femme, de la maternité et du travail sont largement discutés, la question des pères est, elle, souvent mise de côté. Pourtant, ce n'est pas nouveau : ils sont nombreux à assumer.

Les résultats de cette étude, menée conjointement par le Conseil général, la Caisse d’allocations familiales (Caf) de l’Isère et l’Union départementale des associations familiales (Udaf), changent des idées reçues.

En 2014, devenir parent est une vraie fierté : pour 92 % des sondés, c’était un désir, un projet de vie. Loin des clichés, les pères d’aujourd’hui tentent de rompre avec l’éducation qu’ils ont reçue. 72 % affirment vouloir être plus présents et aspirent à plus d’implication auprès de leurs enfants.

Et lorsqu’on leur demande quel rôle ils jouent au sein de la famille, ce n’est pas forcément l’autorité qui vient en premier, mais bien l’affection. Plus disponibles, plus complices, ils se disent aussi conscients de la nécessité de partager les tâches. Les pères célibataires, eux, sont sur tous les fronts et le revendiquent pleinement.

Plus de reconnaissance

À la crèche ou à l’école, les stéréotypes leur collent à la peau et les pères se sentent toujours moins considérés que les mères. Être reconnu comme parent à part entière, c’est une attente partagée par ceux qui ont vécu une séparation : dans 68 % des cas de divorce, les juges donnent à la mère la primeur de la garde des enfants.

Une injustice pour les pères interrogés, d’autant que la garde alternée n’est pas reconnue par les institutions d’aide sociale. Pour ces papas, sortir des clichés est un enjeu de taille : leur accorder plus de crédit et leur reconnaître un rôle égal à celui de la mère reviendraient à affirmer leur droit.

Ma famille d'abord

Au travail, les pères se retrouvent évidemment confrontés aux mêmes problèmes que les femmes : 30 % d’entre eux admettent qu’une paternité assumée constitue un frein à leur carrière. Le regard des collègues, les réticences du patron à leur accorder du temps pour les enfants… « Parler de paternité dans les entreprises n’est pas encore quelque chose de naturel », selon Bernard Tranchand, président de l’Udaf.

Bien souvent, les papas ne demandent pas, de peur d’être jugés. La faute aux employeurs qui n’informent pas suffisamment sur les aménagements du temps de travail mis en place pour les aider.

Au conseil général, on reste confiant : les mentalités évoluent doucement, mais sûrement. Là où jadis les femmes cessaient de travailler systématiquement à la naissance des enfants, le nombre de pères au foyer augmente significativement depuis une décennie. Les pères sont aujourd’hui moins tranchés et envisagent d’autres solutions... et disent adieu aux vieilles conventions.

Bérénice Charles

(article original paru dans Le Dauphiné Libéré Grenoble du 22/12/14)