LE TRAVAIL DOMINICAL N'A PLUS BONNE MINE

Depuis plusieurs semaines, l'épineux dossier du travail dominical refait surface et rend la majorité quelque peu schizophrène. Entre croissance, chômage et consommation, difficile d'évaluer les effets réels de cette mesure. Les Français, en tous cas, ont un avis précis sur la question.

Sur les bancs de l'Assemblée nationale, dans les auto-écoles, dans les bureaux des huissiers. La loi Macron « pour l’activité, la croissance et l’égalité des chances économiques » est sur toutes les lèvres et occupe une large partie de l’agenda politique.  Le texte atteint déjà des records. Nombre d’articles (209), nombre d’amendements déposés (1861), nombre de pages (185), temps débattu en commission (96 heures): il se veut à la fois ambitieux et réformateur. Parmi les sujets sensibles: celui du travail dominical. Le ministre de l’économie, Emmanuel Macron, propose de généraliser l’ouverture des magasins le dimanche pour relancer la croissance et renforcer les zones touristiques ou zones à fort potentiel économique. Mais avant d'être un texte, une personnalité et des chiffres records, le travail dominical est une réalité pour de nombreux Français qui y semblent favorable.

Un moyen de survivre à la crise économique?

Selon un sondage réalisé par CSA pour Direct Matin en novembre dernier, 66% d'entre eux approuvent le travail dominical. Que ce soit pour arrondir les fins de mois, pour favoriser la consommation ou pour préserver des conditions de travail agréables, les arguments sur la loi Macron se multiplient.

Vincent Mercier, poissonnier, est habitué à travailler le dimanche. Comme livreur, commerçant, videur en boîte de nuit, il enchaîne les horaires décalés. Il considère que la généralisation du travail dominical constitue une dégradation du travail mais qu'elle permet de survivre au contexte économique difficile.

Gwénaëlle Collart, assistante d'éducation, a travaillé de nombreux dimanches lorsqu'elle était étudiante. Au Musée de l'horlogerie et du décolletage de Cluses (Haute-Savoie) et comme caissière, à Intermarché. Dans sa façon de consommer, elle garde l'empreinte des dimanches travaillés.

Pour Clément Champetier, manager dans la grande distribution, la généralisation du travail dominical est une avancée. Il estime qu'elle doit s'accompagner, pour les salariés, d'une majoration de salaire. Pour lui, la France doit s'aligner sur les autres pays européens pour rester attractive et rester l'une des destinations touristiques les plus prisées.

Léa Faivre-Mercier, étudiante en master Edition, conteste la société de consommation et met en cause l'Etat. Pour elle, les étudiants acceptent de travailler le dimanche car ils ne bénéficient pas d'aides suffisamment importantes pour financer leurs études.

Le projet présenté par Emmanuel Macron suscite de vives réactions au sein de la majorité et reçoit le soutien de l’opposition. La maire de Paris, Anne Hidalgo, a rendu un rapport dans lequel elle défend « le dimanche parisien » pendant que Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du Parti socialiste, se dit favorable à l’ouverture des magasins le dimanche. À droite, on ne manque pas de scepticisme et d’ironie sur le sujet. En attendant que les députés s’accordent sur un texte définitif, certains n’hésitent pas à sourire des débats internes au Parti socialiste. Pas question pour autant d’observer les querelles politiques qui animent l’examen de la loi. Les spécialistes de la consommation ont un avis plus tranché sur le sujet.

Le travail dominical: un moyen de relancer la croissance?

Bruno Ducoudré, économiste au département Analyse et prévision de l'OFCE (Observatoire français de la conjoncture économique) estime que l'ouverture des magasins le dimanche ne permettra ni de relancer l'économie, ni de créer des emplois. Pour lui, les consommateurs vont répartir leurs achats tout au long de la semaine et privilégier les grandes surfaces au détriment des petits magasins.

Pas de changement non plus pour Nicolas Herpin, sociologue et spécialiste de la consommation. Selon lui, l'adoption de la loi Macron ne constituerait pas un réel tournant dans la société puisque de nombreux commerces bénéficient déjà de dérogations. Elle constitue davantage "une avancée" et répond aux "contraintes de temps" qui caractérisent notre société.

L'austérité pointée par les syndicats

Comme Bruno Ducoudré, les syndicats ne remettent pas en cause l'ouverture des commerces le dimanche dans les zones touristiques ou zones à fort potentiel économique. Ils considèrent, en revanche, que cette mesure na favorisera pas la croissance économique et détruira des emplois. François Rodriguez, président de l'Union professionnelle artisanale craint un glissement du travail des périphéries vers les villes ainsi que des petits commerces vers les grandes surfaces: "Si on laisse ouvrir le dimanche, les gens vont se rabattre sur les zones commerciales. Déjà que dans les petites communes, c'est dur de garder les boulangers, pâtissiers et épiciers alors si on généralise le travail dominical, on assistera à la désertification de ces zones."

Pour Jean-Pierre Guilqin, secrétaire général de Force Ouvrière Isère, le dimanche permet aux habitants de se retrouver au marché et dans les espaces de socialisation. Il remet en cause les mesures d'austérité prise par les Etats européens et l'imposant dispositif législatif qui, selon lui, encadre le travail français.

Ce qui va vraiment changer:

La loi Macron propose de généraliser le travail dominical en permettant aux magasins d'ouvrir plus souvent leurs portes. Elle distingue aussi les zones touristiques et les zones à fort potentiel économique du reste du territoire. Le Code du travail consacre actuellement le dimanche comme « un jour de repos hebdomadaire », même si des dérogations permettent à certains établissements de contourner la règle. Que va donc réellement changer la loi Macron?