Cavalière

Petits chevaux et grande poésie

Pourtant charmante, Julie n'avait jamais vu ses premiers rendez-vous couronnés de succès. Entre la crainte du parfum inadéquat, l'horreur des silences et la peur de ne jamais savoir où mettre ses pieds - Julie était de celles qui ne savent jamais où caser leurs membres inférieurs -, de nombreux obstacles se dressaient à elle. Alors, pour essayer de les surmonter, elle tentait de prendre les choses en main et d'animer la conversation. « Et toi, quel est ton rêve de ville en couleurs imaginaires? » était généralement sa première question. Elle savait très bien que la référence à Marguerite Duras échapperait à la plupart de ses interlocuteurs et se serait satisfaite en retour d'un grommellement timide suivi d'un assèchement de la gorge et d'appels au secours attendrissants. Mais ces individus à l'œil égrillard se sentaient obligés de répondre - maladroitement et inondant d'eau de rose la salle du restaurant. Par chance ils se taisaient rapidement, honteux et l'imaginaire en rade. Alors du haut de sa poésie, Julie leur demandait : « T'as plus rien à dire ? On t'a volé ta vie privée ou quoi ? »

Arthur Devriendt, 2012

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