Les inaptes au travail

Olère - 1950

Olère est né en Pologne en 1902. Issu d'une famille juive de Varsovie, il s'intéressse très jeune à la peinture, activité pour laquelle il montre un talent précoce. En 1923, il émigre à Paris et fréquente de nombreux artistes. Naturalisé français, en 1939, il est mobilisé dans l'infanterie. Suite à sa démobilisation, il est astreint au statut des Juifs du régime de Vichy.

Arrêté par la police française en 1943, il est emmené à Drancy puis déporté à Auschwitz. Marqué du matricule 106144, il est intégré au Sonderkommando, unité spéciale dont le rôle est de sortir les corps des chambres à gaz, de récuperer les objets de valeur puis de les transporter dans les crématoriums. Son talent de dessinateur retient en outre l'intérêt des SS. Il échappe ainsi à la mort programmée et relève de nombreux lieux du camps ainsi que des moments de la vie du camps. Quadrilingue, il sert aussi de traducteur et apprend la libération de Paris.
Lors de la débacle il réussit à se méler aux autres déportés lors de l'évacuation des camps d'Auschwitz Birkenau le 18 janvier 1945. Il est libéré le 6 mai par les américains. Revenu à Paris, Olère ne peint désormais que pour témoigner des horreurs vécues et pour survivre. Il meurt en 1985.

Caractéristiques de l'oeuvre : Les inaptes au travail est une huile sur toile mesurant 1,31 m. de largeur sur 1,62 m. de hauteur. L'oeuvre est conservée au Mémorial de l'Héritage Juif de New York. La toile a été peinte dans les années 1950. Concernant le contexte, cette oeuvre est réalisée peu de temps après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, période durant laquelle le système concentrationnaire est encore mal connu.

Description : L'action se situe dans le camp d'extermination d'Auschwitz, en Pologne. Au premier plan se situe une famille de six personnes : deux femmes, une jeune fille, deux jeunes garçons et un bébé. Tous ont un air hagard, épuisé. Les corps sont minces mais pas encore décharnés, ils viennent donc d'arriver dans le camp avec leurs maigres possessions. Au dessus d'eux s'étend un cadavre presque translucide dont le bras entoure la famille.

Sur le côté gauche, on ditinsgue le bras d'un SS (reconnaissable à son uniforme) qui tient un fusil. En arrière plan, on peut voir des déportés allant travailler dans les Sonderkommandos comme des zombies. Ils poussent des chariots de cadavres en provenance des usines à gaz vers les fours crématoires dont on aperçoit les cheminées fumantes... Le travail se fait le long des clôtures barbelées du camps.

Le ciel est d'un rouge orangée, contrastant avec les couleurs froides (gris, vert, bleu) de la famille du premier plan.

Analyse : Olère a voulu ici exorciser les souvenirs de sa déportation. La famille vient d'arriver d'un convoi que l'on suppose juif. Ils ont déjà été sélectionné : les femmes, enfants, bébés et vieillards sont inaptes au travail et envoyés aux chambres à gaz dès leur arrivée au camps. Ils y sont amenés par les gardes SS. Le cadavre qui flotte symbolise leur mort inévitable. Les corps sont marqués de la souffrance de la déportation : manque de nourriture, d'eau, d'hygiène, de repos, etc.

La scène principale a lieu dans un climat de peur, et d'horreur. Les couleurs chaudes comme le rouge et le orange expriment un sentiment violent de malaise qui n'est pas sans rappeler "Le cri" d'Edward Munch. C'est donc un style expressionniste. Les visages blafards sont mis en lumière, s'opposant directement au fond qui reste indistinct.

La fumée qui sort des cheminées forme des S, comme pour rappeler l'identité des bourreaux. Il s'agit donc d'un travail de mémoire sur l'horreur de la Shoah. L'intérêt est aussi de redonner des témoignages des camps, de la vie du camps, les principaux documents et photos ayant été détruit par les nazis avant leur fuite.

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