Micro-trottoir : conditions de vie

Je me trouve à Mosul, dans un refuge dans lequel les citoyens qui ne veulent pas adhérer à l’État Islamiste ici en Syrie habitent. Ahmed est avec moi, voici la transcription de notre conversation que j’ai eu hier vers 16h avec Ahmed :

Bonjour Ahmed, combien de temps est ce-que vous et votre famille habitez ici ?

Bonjour Pierre, nous sommes ici depuis 4 mois, mais comme nous ne pouvons pas sortir d’ici, j’ai l’impression que ça fait beaucoup plus de temps ! Vous imaginez, nous ne pouvons pas aller au travail, nos enfants ne peuvent pas aller à l’école,… il n’y a rien à faire qu’attendre à… nous ne savons quoi...

Et comment est-ce que vous avez trouvé ce refuge, dans une ville en guerre ?

Quand les islamistes sont entrés à Mosul cet été, nous devions nous cacher dans le sous-sol d’un bâtiment abandonné pendant une semaine, c’était terrible parce que nous n’avions ni électricité, ni eau, ni aliments,… Après ce moment, nous avons décidé d’en sortir et nous avons eu la chance de rencontrer des bénévoles de la Croix Rouge à l’ouest de la ville. Ce sont eux qui nous ont dirigé vers cet endroit protégé. Quand nous sommes arrivés ici, je ne pouvais pas m’imaginer que je trouverais autant de voisins et d’amis. Je ne savais pas s’ils étaient encore en vie… Même si beaucoup ont été tués, c’est rassurant de voir quelques visages connus.

Je trouve votre histoire vraiment touchante, vous avez tous beaucoup de courage, parce que vous m’avez dit que vous ne pouviez pas continuer à vivre comme avant Est-ce que vous pouvez me décrire votre routine dans ce refuge ?

Bon, ma routine est vraiment désespérante… Nous habitons ici mais nous ne sommes pas chez nous, donc vous pouvez imaginer comment peuvent se sentir nos enfants. Ils ne comprennent pas ce qu’il se passe, ils ont perdu leur enfance…ça c’est dur à accepté lorsque l’on est parents. Aussi c’est terrible pour des personnes âgées qui ont besoin de médicaments et des attentions spéciales.

Donc je peux imaginer que ce qui est le plus important pour vous, c’est la famille, mais qu’est-ce que vous sentez ici ?

Pour nous, c’est vraiment frustrant parce que nous avons vu comment notre environnement a été détruit et à quelle vitesse… Nous avons tout perdu, nos lieux de travail, les écoles des enfants, … Et nous ne pouvons pas aller aux Mosquées parce que nous avons le risque d’être tués pour ne pas suivre le radicalisme des islamistes… Nous avons perdu nos vies, et l’unique chose à faire, c’est attendre…

C’est exaspérant, je suis sincèrement désolé Ahmed, je vous souhaite le meilleur pour vous et pour votre communauté. Alors, je dois finir cet entretien et rendre la parole à ma collègue Léa qui est maintenant en direct à Paris. Salut Ahmed, Bonjour Léa !

Blanca