Le Festival d'Angoulême après Charlie

Cette année, le Festival international de la bande dessinée d'Angoulême était placé sous le signe de Charlie-Hebdo. Tour d'horizon d'une édition atypique, quelques semaines à peine après l'attentat contre l'hebdomadaire satirique.

Des changements discrets

A première vue, ce samedi 31 janvier, pour les habitués du festival, rien n'a changé : on retrouve le même afflux de visiteurs à la sortie du train, lors de la plus grosse journée de la manifestation. Les invités s'engouffrent dans les voitures affrétées par le festival tandis les piétons entament la longue montée vers les différentes bulles du salon.
Sur le trajet, plusieurs détails sautent toutefois à l'oeil. Comme ces panneaux électoraux transformés en espaces d'annonce pour l'exposition "Une histoire de Charlie-Hebdo", au musée de la bande dessinée. Sur le trottoir d'en face, un peu plus haut, un long mur blanc est mis à la disposition des visiteurs. Il ne comporte aucune indication. Pas besoin : les feutres disposés sur toute sa longueur sont clairement là pour inciter les visiteurs à laisser un message ou un dessin de soutien à Charlie-Hebdo. En ce début de journée, le mur est encore peu utilisé, mais deux jeunes filles se prêtent à l'exercice, avec le sourire.

Devant l'Hôtel de ville, point de convergence incontournable pour tous les visiteurs, une cabane en bois a fait son apparition. De loin, on pourrait la prendre pour un snack. De près, aucun doute n'est permis : il s'agit d'un stand d'abonnement à Charlie-Hebdo, comme le rappellent les nombreuses affiches placardées un peu partout. La une polémique du dernier numéro est là, elle aussi, bien en évidence.

Jean-Luc Renaudeau, 44 ans, collecteur d'abonnement depuis des années, a tenu à faire le déplacement jusqu'au festival. Et à braver le froid, dans son t-shirt "Je suis Charlie", qu'il exhibe fièrement sous son pull. Il explique sa démarche :

Le livre d'or "Pour Charlie, un mot, un dessin" installé sur le stand est rempli de messages. "On en est déjà au cinquième depuis jeudi" se réjouit Jean-Luc Renaudeau, qui a prévu d'envoyer chaque livre d'or à la famille des victimes, une fois le festival terminé.

Sécurité renforcée

Si les soutiens à Charlie-Hebdo restent relativement discrets, l'abondance de patrouilles policières est en revanche loin de passer inaperçue, plan Vigipirate oblige. Le dispositif a été particulièrement renforcé à Angoulême, pendant toute la durée du festival, en raison de son caractère symbolique. Si la préfecture a refusé de communiquer des chiffres de mobilisation - qui s'élèvent en revanche financièrement à un surcoût de 70 000€ - , les contrôles à l'entrée des bulles sont beaucoup plus longs et minutieux que par le passé : détecteur de métaux, poches et sacs à vider, second contrôle de vérification... Pour autant, la bonne humeur prédomine, du côté des visiteurs comme des forces de sécurité.

L'une des nombreuses patrouilles de gendarmes chargées de surveiller le festival.

La marche des bulles noires

En début d'après-midi, un groupe de manifestants s'apprête à battre le pavé. A la vue de leurs pancartes sumontées d'une bulle noire - en deuil ? -, on s'attend à voir une marche de soutien à Charlie-Hebdo. Il n'en est rien : le cortège rassemble en fait des auteurs de bande dessinée mobilisés contre le projet de cotisation de retraite supplémentaire prévu par le gouvernement. En tête de cortège, derrière la banderole « Sans les auteurs, plus de BD. Les auteurs plus qu’à poil », on aperçoit de grands noms du milieu, comme Lewis Trondheim et Pénélope Bagieu.

Au moment du départ, le mur blanc destiné aux visiteurs s'est bien rempli. Dessinateurs amateurs ou professionnels, messages explicites ou plus subtils... les témoignages de soutien se sont multipliés tout au long de la journée.