À Grenoble, le street art est Charlie

Le 7 janvier rejoint désormais la triste liste des dates que l'on retient à contrecoeur. Des évènements qui ont touché tous les Français. Écrire, manifester, déposer des fleurs, chanter, dénoncer, en parler, rire, et bien sûr dessiner. Chacun rend hommage à sa manière. À Grenoble, il est monnaie courante de voir les murs gris bétonnés recouverts de couleurs et de formes. Les rues regorgent de "street art", c'est-à-dire de dessins, de graffs, de pochoirs, de lettres et d'écritures. Et les artistes de la capitale des Alpes ont, eux-aussi, tenu à rendre hommage aux dessinateurs de Charlie Hebdo, figures de la liberté d'expression.

Une carte des lieux de street art sur Charlie Hebdo à Grenoble.

Les quais de l'Isère

Sur les bords de l'Isère, les artistes ont envahi un mur entier, exprimant, chacun à leur manière, un dernier hommage aux 12 victimes de l'hebdomadaire satirique. Les visages des dessinateurs fleurissent le mur, comme par exemple avec ces dessins de Charb, Tignous et Cabu.

Une preuve de plus que, dans la rue au même titre qu'ailleurs, la liberté d'expression appartient à tout le monde. Les artistes reprennent le symbole du crayon comme arme, véritable emblème de ce drame. L'injustice semble écrite - ou dessiné.

Certains ont choisi l'honorer la mémoire des dessinateurs, entrés dans l'Histoire, en reproduisant leurs dessins.

Et puis, il y a les dessins des artistes, qui se font les porte-paroles d'un indignation générale, d'une incompréhension nationale. Selon Jean*, 32 ans et graffeur : "Pour nous, dessiner, c'est évidemment rendre hommage mais c'est surtout s'exprimer sans forcément parler, nos dessins n'ont pas besoin de mots pour être compris". L'homme compte réaliser, dans les prochains jours, une oeuvre en hommage aux Grands du dessin: "Je me suis posé la question après les attentats, peut-on tout dessiner? La réponse est oui, nous pouvons tout dessiner. C'est aux gens après de choisir s'il veut regarder notre dessin. On n'oblige personne, mais on s'exprime par ce moyen".

L'étonnante rue de Génissieu

Dans le centre ville de Grenoble se trouve l'espace Spacejunk, un centre d'exposition de street art, dirigé par Quentin Hussard. Il accueille de nombreux artistes qui exposent dans la galerie. Mais certains artistes ont choisi d'exposer leurs oeuvres juste devant l'espace Spacejunk, dans la rue. C'est le cas de l'artiste Goin, qui a réalisé des dessins pour Charlie Hebdo.

Des dessins pleins de symboles. Pourtant, selon Quentin Hussard, l'artiste Goin considère Charlie Hebdo comme "des enfants de coeur".

Du tramway Michallon au pont de l'Estacade

Les hommages du monde du street art s'étendent dans toute la ville. Près de l'arrêt de tramway Michallon ou le pont de l'Estacade, le groupe d'artiste de street art grenoblois, AS, a laissé sa trace avec un slogan qui en dit long. Pour Jean, "Charlibre" résume parfaitement l'atrocité de ces attentats: "Ils ont voulu tuer la liberté d'expression, et pour se faire, ils ont voulu tuer Charlie. Mais Charlie, au même titre que tous les dessinateurs, tous les journalistes, tous les graffeurs et autres artistes sont libres de s'exprimer. Si les gens ne sont pas d'accord, ça ne nous pose pas de problème, mais dans ce cas, il ne regarde pas nos dessins ou articles".

Quentin Hussard est "Charlie" mais il ne veut pas tomber dans l'engrenage médiatique et marketing qui a caractérisé ce tragique évènement. Par conséquence, il n'a pas prévu de faire une exposition de street art consacré à Charlie Hebdo.

Chez tous les artistes le message est le même: continuer à rire, à écrire, à dessiner, à se moquer, à être libre. Une définition que résume très bien le jeune directeur de l'espace Spacejunk.

Un soutien mondial dans le monde de l'art de rue

Le street art ne concerne pas seulement Grenoble ou la France, partout dans le monde, les artistes se sont mobilisés pour témoigner leur soutien.

Manon Aublanc

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