CINÉMA

Père ou pas père ?

PAR ADELINE GAILLY - L'ESSOR - 6 juillet 2012

A la bande-annonce du film, lâchant à la fin l'expression "El masturbator", on pense tout de suite à une comédie lourde, vulgaire et sans éclat. Et pourtant loin de là, Ken Scott nous offre, avec son deuxième film, un thème original sur un ton tendre et léger.

Le sujet était périlleux. Un éternel adolescent de 42 ans qui découvre, alors qu'il apprend qu'il va devenir père, qu'il est déjà le géniteur de 533 enfants ! Et oui, David Wosniak ne se doutait pas qu'après avoir donné son sperme dans sa jeunesse, celui-ci engendrerait plus de 500 rejetons dont 142 qui veulent connaître son identité. Problème sociétal à dimension universelle qui prend tout son sens de nos jours. Anonymat du donneur ou droit à la connaissance de ses origines ?

La polémique est finalement laissée de côté pour se concentrer sur les problématiques de la paternité. Car le fait est là, David est père qu'il le veuille ou non. Insouciant, irresponsable et tête en l'air, sans le savoir, il est, en réalité, déjà prêt à assumer son rôle. "La paternité est en soi une comédie dramatique", lâche le réalisateur. Cependant ce n'est pas le thème qui tout mais la manière dont il est traité. De nos jours, les pères revendiquent de plus en plus leur légitimité et c'est sur un aspect ludique que ce sujet est exploré.

Avec franchise et légèreté, on retient surtout quelques phrases cultes comme "mes enfants sont trop vieux pour que je les avorte". A cela s'ajoute une touche d'accent québecois. On comprend que cela puisse gêner certains mais on est vite happé par l'humour décalé et d'exquis dialogues.

Et les acteurs dans tout ça ? Tous admirables même si au premier abord on se demande ce que nous réserve Patrick Huard (David Wosniak)... qui finalement prend corps et attendrit par sa simplicité. Sans sombrer dans l'humour graveleux, cette comédie touche par son charme et son émotion. Pour preuve, elle a réussi à conquérir le monde entier jusqu'au Japon !