Grenoble a t-elle passé
le cap de l'accessibilité ?

         Le 11 février dernier marquait les dix ans de la loi sur le handicap. Pour 2015, l'ensemble des établissements et des transports accueillant du public devaient être mis aux normes d'accessibilité. Soixante dix associations rassemblées dans un "Collectif pour une France accessible" se sont réunis à Paris, le 11 février, devant l'Assemblée nationale. Elles dénoncent une Ordonnance du 26 septembre 2014 qui modifie le calendrier de mise en conformité. Sachant que Grenoble a été élue Ville la plus accessible de France en 2014 selon le baromètre de l'APF, l'Association des Paralysés de France, a-t-elle passé, à la différence du reste du pays, ce cap 2015 de l'accessibilité?

L'accessibilité à Grenoble selon ceux qui la revendiquent

         Justine Mal a mis à l'épreuve l'accessibilité de Grenoble. En avril 2012 elle se lance dans une drôle d'aventure: passer un mois en fauteuil roulant. Sur son blog, 1 regard sur 4 roues,elle fait part quotidiennement de son expérience. Le jeune femme qui ambitionne de devenir éducatrice spécialisée justifie son projet: "sans avoir eu l'ambition de me mettre à la place d'une personne handicapée je me suis intéressée à l'accessibilité et au regard des autres". Forte de l'intérêt qu'elle a pu susciter autour de son projet elle s'est lancée par la suite dans un nouveau périple. Périple, c'est le mot approprié pour décrire son été 2012. Elle a décidé, debout cette fois et accompagnée de Sylvain Meunier, en fauteuil, de prendre la route pour soumettre à la même critique d'autres grandes villes françaises: Lyon, Dijon, Paris, Rennes et Nantes. "On disait que Grenoble était une ville très accessible, mais je n'avais aucun moyen de comparaison finalement."

Elle nous confie dans cette vidéo les résultats de son étude:

   "Je me suis rendue compte que dans des villes qui ne sont pas accessibles le regard des autres est plus dur, davantage dans la pitié, à Grenoble on fait moins attention."

              Pour Justine Mal le problème de l'accessibilité ne se concentre pas uniquement sur la question de la mobilité. Certes, Grenoble est en avance en comparaison aux autres villes de France mais la question de l'accessibilité doit prendre corps dans une logique d'éducation et de service à la personne en situation de handicap afin de faciliter l'indépendance et l'autonomie. Ce sont là  les objectifs premiers de cette "loi pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées."

          A leur retour de "mission" Sylvain Meunier et Justine Mal se rejoignent sur  l'idée que Grenoble mérite globalement son titre de ville la plus accessible de France. Ce résultat encourageant est surement du au fait que, comme le rappelle Sylvain, "Grenoble a commencer à se mobiliser sur les questions de mobilité il y a 25 ans contrairement aux autres villes." - Il est d'ailleurs amusant de constater que l'association Standard 216 - Histo Bus Grenoblois consacre sur son site un long article détaillé sur l'histoire de l'accessibilité dans les transports en commun à Grenoble - Mais les deux compères s'accordent aussi à dire que l'une des pires villes en matière d'accessibilité, c'est Paris. "Je déteste y aller, mais souvent je n'ai pas le choix" déplore Sylvain. "Paris c'est une catastrophe, on ne peut rien faire puisque qui dit personne en fauteuil dit métro pas accessible. Essayez de vous promener à Paris sans prendre le métro." Il ne faut cependant pas croire que tout est rose dans la capitale des Alpes.

           Sylvain Meunier est, comme il se définit lui-même un PMR (Personne à Mobilité Réduite). Il travaille depuis septembre à l'accessibilité de Saint-Martin d'Hères: "avec des photos, avec notre passif d'handi on sait que là il faut tel type de rampe ou ici il faut adapter ou encore élargir là." Il salue les efforts fournis par la ville de Grenoble pour se mettre en conformité avec la loi de 2005, mais se désole de constater la rigidité des normes d'accessibilité auxquelles sont soumis les établissements accueillant du public. 

          A l'instar des petits commerces, Sylvain expose un autre exemple: "Dans le Korner Pub les toilettes sont en bas, il faut descendre un escalier. Quand un PMR a envie d'aller au toilette il va dans un autre bar, le Hasard, juste de l'autre coté de la rue. Pour moi c'est pas dérangeant, c'est du bon sens. Si le Korner devait tout mettre aux normes il ferme boutique et il n'y a plus de pub." La grande avancée que pourrait encore faire Grenoble selon lui serait en terme de communication. Créer un espace de contact, de dialogue entre ce qui apparait comme le monde de l'accessibilité, des PMR et le monde des valides: "tout le monde doit participer"

40 ans de législation sur l'accessibilité en France

         La première loi traitant de l'accessibilité remonte à 1975. 40 ans de législation c'est long, et c'est ce que dénonce aujourd'hui les associations d'usagers. "40 ans d'immobilisme ça suffit" c'est  ce que condamne la pétition lancée il y a déjà onze mois par l'Association des Paralysés de France. Selon la loi, les transports et les bâtiments recevant du public avaient dix ans pour parvenir à une accessibilité totale. A la date anniversaire, le contrat est loin d'être rempli. Le gouvernement met au point une Ordonnance accordant des délais supplémentaires par le biais d'un échéancier nouveau, les agendas d'accessibilité programmée Ad'Ap. La saga législative de l'accessibilité n'est pas prête de s'arrêter en si bon chemin.

         Quand on demande à Mme Vaurs, représentante départementale de l'Isère à l'APF les raisons de ce retard de la France le premier point abordé est le volet financier. raisons financières. La représentante a un exemple de circonstance en tête: "Ils sont en train de rénover la gare de Grenoble. Ils suppriment une passerelle qui était initialement prévue pour l'accessibilité. Ils voulaient la créer mais c'est trop cher. Les nouveaux élus n'ont donc pas suivis les plans. La gare reste accessible, mais moins facilement." Grenoble est certes un bon élève, mais elle continue de rencontrer les mêmes difficultéss que les autres villes: "A Grenoble le plus gros problème ce sont les commerces mais des personnes peuvent  guider les commerçants pour mettre aux normes leur magasins. La CCI (Chambre de Commerce et d'Industrie) leur propose une évaluation des coûts."L'autre faille dans l'application de la loi c'est la durée d'application: "Ils ont attendus le dernier moment.Avec l'Ordonnance ça pourrait être encore trois ans supplémentaires".

          C'est contre cette Ordonnance que l'APF et le Collectif Pour une France Accessible Pour Tous ont appelé à manifester le 11 février 2015, date anniversaire de la loi. A Grenoble, l'APF organise un rassemblement partant de la délégation pour aller déposer un cercueil noir devant la Préfecture: "il symbolise le deuil de l'accessibilité" affirme Mme Vaurs. Elle nuance tout de même :"Grenoble est accessible alors on organise un rassemblement où l'on embête personne. On est désolé de la mise en place de cette Ordonnance." L'APF réclame le retrait, ou tout du moins la modification de l'Ordonnance. "On est pas écouté, mais je garde espoir".

          L'Association des Paralysés de France n'est pas la seule à revendiquer une reprise de l'Ordonnance. Christine Garnier est la conseillère municipale déléguée à l'accessibilité, elle aussi revendique une remise en question de nombreux points encore trop peu précis de l'Ordonnance. Elle s'explique:

         Ce désaccord avec l'Ordonnance n'a pas empêche pas la conseillère municipale de concéder cependant que la ville a encore besoin de délais pour offrir une accessibilité totale à l'ensemble de ses citoyens. "Même à Grenoble où l'on travaille à l'accessibilité depuis une vingtaine d'année à raison d'un million d'euros par an, arriver à 100% sera compliqué." Pour Christine Garnier, la ville a déjà fait beaucoup de chemin: "2/3 des voiries sont déjà accessibles, 60% des carrefours, 42% des bâtiments municipaux recevant du public et 20% des écoles sont entièrement accessibles à tous types de handicaps". De nombreux travaux sont en cours pour poursuivre dans cette voie. La gare est l'un des grands projets de 2015. Christine Garnier revient d'ailleurs sur la suppression de la passerelle prévue sur les plans initiaux: "Elle n'était pas aux normes, la pente était trop raide, même pour des piétons valides elle était dangereuse."

Accessibilité totale en 2015: que dit la loi ?