Clinatec : enquête sur... Ah non.

Centre de recherche d'un nouveau genre aux activités méconnues, les enquêtes journalistiques sur les activités de Clinatec ont été limitéspar un certain manque de transparence de la clinique.

Pourtant, mêlant dernières avancées technologique et médecine, ce centre situé à deux pas de la gare de Grenoble se dit «unique au monde».

J'ai tenté de mener l'enquête.

Mais bon.

Étape 1 : se disperser

Grenoble, février 2015. Deuxième ville la plus innovante du continent pour la Commission européenne, cinquième ville mondiale pour le magazine Forbes. Sous ses allures grisâtres, la capitale des Alpes a un CV scientifique en béton et des plates-formes new-tech introuvables dans le reste du pays.

Je me mets en quête d'un sujet scientifique truculent. Curieux village niché entre les montagnes, Grenoble devait forcément accueillir quelques recherches intrigantes.

Du genre d'expérimentations nébuleuses sur le corps humains menées par des scientifiques louches.

Essayant de modifier nos organes avec des machines rocambolesques.

J'en suis donc de mon article lorsque Twitter m'annonce la sortie du magazine Snatch de février.

Étape 2 : se cultiver

Transhumanisme : Terme barbare renvoyant l'ignorant vers une interrogation substantielle : quésaco ?

Courant scientifique, culturel et parfois doctrinal prônant l'augmentation de la durée de vie et son amélioration radicale par la technique et les sciences, le transhumanisme tend à annihiler toute maladie, tout handicap, toute souffrance physique de nos vies. Se voyant fondre le robot dans l'humain, les «adeptes» du transhumanisme imaginent le cyborg de demain. Avec un «objectif final incongru, insensé, contre-nature, en fait : tuer la mort», d'après Snatch.

Né dans les années 1960 aux Etats-Unis, le courant transhumaniste fut d'abord l'apanage de futurologues très souvent farfelus, parfois sérieux. En 1980 l'un d'entre eux, scientifique de la NASA et étudiant au MIT, s'attache à travailler sur les nanotechnologies.

Eric Drexler publie ainsi en 1986 Engines of Creation: The Coming Era of Nanotechnology, considéré aujourd'hui encore comme une véritable bible en la matière. L'ouvrage connaît un énorme succès et Drexler est intronisé pape sur le sujet. Il reçoit des fonds de recherche et crée aux côtés de sa femme le «Foresight Institute» à Palo Alto, Californie.

Très vite le mouvement se diversifie. On entrevoit les possibilités, et les angoisses, que peuvent procurer les nanotechnologies et leur utilisation dans les domaines liés à la médecine. La World Transhumanist Association est finalement lancé en 1998, aujourd'hui renommée Humanity+.

En novembre dernier, Paris a finalement accueilli sa première conférence internationale sur le sujet. Les grands noms de la recherche et du mouvement s'y réunissaient. (Il y avait un cyborg infiltré, aussi.)

Au cœur des débats de cette rencontre d'envergure : les NBIC.

Les quoi ? Les NBIC, voyons.

Ces quatre lettres et les perspectives néo-nouvelles technologies  qu'elles supposent déchaînent les passions sur les rives du Pacifique américain.

Les NBIC sont devenus le fer de lance de la Silicon Valley, portée par les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) et leurs pairs qui investissent des sommes et une énergie colossale dans des programmes, des universités, des hommes.

Chez nous, dans ce patelin irréductible qu'est la France, la grande patronne des NBIC, c'est Geneviève Fioraso.

Si si.

Étape 3 : Clinatec, un truc pas net

Je tiens donc mon sujet. S'il se passe quelque chose en rapport avec ces NBIC en France, c'est forcément à Grenoble.

Internet m'apprend le reste.

Le commentaire du site Reflets explique que le Commissariat à l'énergie atomique (CEA), piloté par le ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche (dont Geneviève Fioraso est la secrétaire d’État) a lancé à Grenoble le site de recherche en nanotechnologie Minatec, lui-même grand-frère d'un certain laboratoire Clinatec, d'après le lecteur de Reflets.

Pourtant, sur le site internet de Minatec, où je m'étais initialement rendu lors de mes premières recherches sur les nanotechnologies à Grenoble, aucune mention n'est faite de Clinatec.

La question s'impose : qu'est-ce, finalement, que cette clinique ?

[ La fin est un peu cheap. ]

La plateforme Clinatec vise, notamment, à enrailler la maladie de Parkinson, à aider les tétraplégiques ou à soigner les dépressifs. Avec donc, pour outil, l’implantation de nanotechnologies dans le cerveau, l'utilisation d'électrodes ou d'ultrasons.

François Berger, directeur de Clinatec, affirmait dans L'Opinion que «Clinatec part du constat que des erreurs de positionnement ont été commises par la recherche médicale. Celle-ci doit intervenir très tôt dans le développement des technologies, afin de les orienter vers les besoins spécifiques de la neurologie.»

Les questions et débats éthiques que soulève ce champ de recherches (la robotisation de l'humain, les expérimentations cérébrales électroniques) seront laissés ici de côté. La véritable interrogation sur Clinatec se pause sur l'opacité, le manque de transparence du projet.

Car, si l'existence de Clinatec se sait, si la clinique se dote d'un site internet et qu'une journée d'ouverture (jamais réalisée) est programmée le 31 janvier 2012, la communication est de surface. La réalité concrète des projets et leurs avancées, comme le très interrogatif programme «interface cerveau-machine», semblent tus.  

L'interview de François Berger dans l'Opinion, datant de juin 2014, est la dernière occurrence sur le sujet dans la presse. C'est aussi celle où le projet est le mieux détaillé. Journal libéral, l'article de l'Opinion est plus une vitrine qu'un véritable questionnement.

Avant cela, rare est l'existence de Clinatec dans la presse, la clinique est extrêmement discrète sur ses activités. Impossible de voir l'envers du décors ou d'obtenir un suivi des recherches,  définient pourtant comme «uniques au monde» sur le site de Clinatec.

[ Seules images à disposition : Clinatec par... Clinatec. ]

Libération, Les Echos, le Nouvel Observateur ou Sciences et Vie ont expliqué le but du projet à son lancement. Sans exercer de suivi. Bastamag, Pièces & Mains d'Oeuvres ou Reflets ont expliqué et critiqué le projet, à ses premières heures.

La petite entreprise est tombée dans l'oubli et nulle part il n'est mention des méthodes concrètes de Clinatec, aucun individu extérieur à l'entreprise ne semble y être entrer depuis l'ouverture.

En quoi consiste précisément l'implantation de nanotechnologies dans le cerveau ? Quelles peuvent en être les conséquences ? Quel peut être la part de vérité des critiques faites au laboratoire ? Quel contrôle sur l'esprit et le corps humain peuvent exercer ces nano-créations capables de "guérir la dépression" ? Qui sont la cinquantaine de chercheurs et médecins accompagnant François Berger et le Professeur Benabid, fondateur récemment primé aux États-Unis ?

Une multitude de questions peuvent se poser.

J'ai contacté Clinatec, François Berger, Pièces & Mains d'Oeuvres, Bastamag. Aucun d'entre eux ne m'a répondu pour le moment.

Sauf l'ancien étudiant de l'EJDG Maxime Bourdier, qui avait réalisé une enquête pour Lyon Capitale sur Clinatec.

Pas mieux, donc.

Pour le moment.

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