Expédition polaire en Isère  

Il fait -10°, l'air est glacial. Une neige immaculée s'étend à perte de vue sur un paysage septentrional. Il règne un silence feutré que seul les hurlements d'une meute de chiens du Grand Nord viennent déchirer. Non, on n'est pas en Sibérie ni dans une autre lointaine contrée nordique mais bien en Isère, à l'Alpe du Grand Serre.

C'est ici, niché au cœur des Alpes du nord à 1368 mètres d'altitude que David Sussac vit avec sa meute constituée de près d'une quarantaine de chiens, "sa famille" comme il le dit lui-même. En hiver, le musher propose aux touristes des balades d'une heure en chien de traîneaux. Des initiations aux expéditions mouvementées en passant par du hors piste, il y en a pour tous les goûts " on saute même des bosses, ça peut être très physique " s'amuse David. Quoiqu'il arrive, les chiens, heureux de leur vie au grand air, suivent joyeusement leur leader.     

Aujourd'hui, un couple venu du Jura est venu s'essayer à ce sport insolite. Chacun devra conduire un petit attelage individuel tiré par trois chiens. "Les femmes sont plus légères alors je leur mets des chiens plus fins donc plus rapides. Pour les hommes, je mets trois mâles bien costaux" explique David Saussac. Toujours souriant, le musher explique les bases du pilotage d'attelage sous les aboiements incessants de ses compagnons à quatre pattes. " Les consignes sont très simple: connaître le nom du chien de tête, crier "gauche!" quand on veut aller à gauche et "droite!" pour aller à droite ". Jusque là, rien de compliqué, seule la voix guide les chiens dressés à la perfection.

La langue pendante, les yeux brillants, les chiens sont excités. Tous crèvent d'envie de s'élancer sur les pistes enneigées. Pourtant, certains seront déçus: " je suis obligé de faire tourner la meute, certains doivent se reposer " regrette le musher.

Car même si ils sont heureux de tirer les attelages, l'exercice est physique. "Je peux aller à vingt, vingt-cinq, voire même trente kilomètres heure avec certains chiens selon leur gabarit" explique David Saussac. Il pointe du doigt un de ses husky, sorte de grosse peluche attendrissante, "regardez, par exemple Tatanka, lui, c'est un gros nounours, il va pas très vite mais par contre ce qu'il aime c'est tirer comme un malade. Quand on fait du hors piste, on a besoin de chiens comme lui". Il s'approche de Cacaille (parce qu'il n'a pas trop de poils, donc il "caille") " lui, il est taillé pour aller très vite, il faut combiner les deux".

Puis vient le moment de mettre les harnais et d'atteler les bêtes. L'excitation monte d'un cran et très vite, c'est la cacophonie. "J'aime ce grain de folie chez mes chiens", dit David Saussac en souriant. Ça crève les yeux, ce chef de meute aime tendrement ses animaux. Il n'a aucun problème d'autorité avec eux. Tel "l'homme qui murmurait à oreille des chiens", il se fait obéir avec une aisance déconcertante et jamais il hausse le ton ou adopte une posture agressive. "Je n'ai aucun problème d'obéissance avec eux. Je les dresse depuis qu'ils sont chiots. Quand ils sont petits et qu'il essayent de tester mes limites, je leur mords le museau et ils comprennent tout de suite qui est le chef. Après ça, il ne remette jamais en cause mon autorité". Une technique "animale" qui reproduit les gestes de la chienne à son chiot. A l'écoute de ses chiens, David Sussac connait tous les secrets du monde canin.

Contrairement aux idées reçues, les races de chiens du Nord comme les huskys ne sont pas ce que David recherche. Sa meute est constituée uniquement de chiens de races croisées car selon lui, "les huskys, ce ne sont pas forcément des bons chiens, ils ne sont pas fiables et sont très indépendants. Ils s'échappent souvent et je ne peut pas me permettre de prendre ce risque.". Alors qu'il explique cela depuis l'attelage arrêté le temps d'une pause, une chienne aux allures de loup blanc laissée en liberté pendant la balade s'approche de lui. " Mes chiens ne restent jamais loin de moi, ils ne risquent pas de s’échapper! la preuve!" dit-il en se baissant pour caresser sa chienne venue veiller au bien-être de son chef de meute.

Ces chiens de race nordique ne craignent pas le froid et sont extraordinairement résistants. Leurs pattes sont équipées de coussinets très durs constitués de graisse qui les protègent. " En les aidant un peu et en les nourrissant correctement, ces marathoniens peuvent être dehors jusqu'à moins 45 degrés" explique David. "Ces chiens là, ils font entre trente et quarante kilomètres par jour. Il y a une différence de dix kilomètres parce que si il a beaucoup neigé la veille, on avance moins". "On avance plus sur de la neige bien dure" ajoute David Sussac.

Même si les chiens sont vaillants, ils fatiguent et ont chaud très vite. Lors des balades, le pilote doit aider son attelage en poussant avec ses jambes et les pauses sont fréquentes pour "qu'ils puissent récupérer". L'occasion aussi pour eux de manger de la neige, leur manière de s'hydrater et de se rafraîchir.

les gamelles sont fréquentes mais la bonne humeur est au rendez-vous. Dans l'attelage, on se sent en Sibérie, au Pôle Nord ou en Alaska mais pas en France. L’expérience est dépaysante et les touristes sont ravis. Pour David Saussac et ses chiens, c'est mission réussie.

Lylia Berthonneau

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