Groupe de travail du COP du CLEMI sur l'information aujourd'hui - Juin 2015

Définition d’un événement

Fiche d'information - Auteur : Benjamin Bérut

En partant des différents dictionnaires que l’on peut trouver, le terme événement pose d’emblée un problème de définition si l’on veut en trouver le sens médiatique.

En effet, événement peut être considéré soit comme “tout ce qui se produit, tout ce qui apparaît, tout ce qui arrive” (Larousse), ce qui lui donne un sens qui fait de toute chose un événement ; soit l’événement est considéré justement comme un fait avec une “importance particulière” ou “un fait marquant” lorsque l’on parle d’actualité.

Le second sens semble plus pertinent car il introduit justement une différence entre le “fait” (tout ce qui arrive) et l’événement (le fait qui a de l’importance). Et c’est bien-sûr cette seconde définition qu’il faut retenir si l’on veut travailler sur ce qu’est un événement lorsque l’on parle des médias car elle permet de problématiser la question de l’événement dans les médias.

Un événement, explique Jocelyne Arquembourg-Moreau “est une rupture dans l’ordre des choses, une déchirure qui bouleverse l’organisation de nos existences et de nos futurs”. L’événement c’est donc ce qui sort du quotidien, parfois pour des populations entières, parfois même au niveau international (par exemple, les premiers pas de l’homme sur la Lune est un événement pour le monde entier) comme l’ont montré Daniel Dayan et Elihu Katz dans la Télévision cérémonielle dont s’inspire notamment Jocelyne Arquembourg-Moreau.

L’événement, c’est donc le fait qui fait sens.

À partir de là, la problématique change. Car la question qui se pose est : pourquoi un événement fait sens, pourquoi dit-on qu’il est important ?

La problématique devient alors quasiment anthropologique si l’on se dit que la définition du sens d’un événement et de son importance ne peut être que collective, sinon il n’y a pas de communication. Il doit au moins y avoir un accord entre le média et son spectateur, si ce n’est sur le sens à donner, au moins sur l’importance de l’événement.

On peut alors re-subdiviser le processus : il y a le fait (un élément parmi tous ceux qui interviennent dans le quotidien), puis le moment où l’on dit que ce fait est important (le fait devient alors un événement, il entre dans l’agenda médiatique qui nous dit non quoi penser mais sur quoi penser) et finalement l’enjeu de définition du sens de cet événement.

L’événement entre alors dans la sphère publique au sens où l’entend Hannah Arendt, c’est-à-dire qu’il entre sur la table ronde autour de laquelle la société discute, table autour de laquelle, si les avis divergent, les objets discutés restent les mêmes.

A partir de cette définition de l’événement comme le fait qui fait sens, celui que l’on discute dans la sphère publique, on peut se poser plusieurs questions :

  • un fait peut-il être refusé comme n’étant pas un événement, c’est-à-dire qu’au moins une partie de la sphère publique ne le considère pas comme un élément pertinent à discuter ?
  • de prime abord, la logique serait de croire que les faits interviennent et que les médias les sélectionnent pour en faire des événements, mais est-ce que, dans les grandes interprétations qui les traversent, les médias n’ont pas tendance à se focaliser sur certains faits ?
  • qu’est-ce qui transforme un simple fait en fait important ? Car c’est justement dans ce passage que se jouent de nombreux enjeux médiatiques. Comment un fait est il sélectionné pour être élevé au niveau d’événement ? Et le fait possède t-il un importance intrinsèque ? C’est-à-dire que si on le sélectionne dans différents médias est-ce que ce sera pour les mêmes raisons ? Et comment fixe t-on l’importance d’un événement ?
  • si l’on pose la question de l’événement sous l’angle anthropologique, quels rôles jouent les médias dans ce rituel de définition collective du sens, médias nationaux, locaux ou encore liés à des groupes précis ?

Bref, la question de la définition de ce qu’est un événement touche aussi bien à la question de l’agenda médiatique (dans la masse des faits nous sélectionnons ceux qui sont importants) qu’aux questions de confrontations autour des faits de cet agenda médiatique (les faits à discuter sont les mêmes mais la signification qu’on peut leur donner est différente).

1. Jocelyne Arquembourg-Moreau, Le Temps des événements médiatiques.

2. Daniel Dayan et Elihu Katz, La télévision cérémonielle