INSOLITE

Un promeneur de buses au parc Mistral

PAR ADELINE GAILLY - 8 février 2015

Depuis le début du mois janvier, des rapaces sillonnent le ciel au-dessus du parc grenoblois Paul-Mistral. Guidés par Tahar Méguirèche, leur détenteur, leur but est de tenir à distance les corneilles qui dégradent le toit du stade des Alpes, situé à proximité. Rencontre avec ce promeneur d'un autre genre.

Des petits cris, un bruissement d'ailes. Deux buses virevoltent autour des badauds dans le parc Paul-Mistral, en plein cœur de Grenoble. "Xéna, Maya !" crie Tahar Méguirèche, leur propriétaire, pour les rappeler à l'ordre. Appâtés par la viande, les oiseaux se précipitent sur le bras de l'homme en frôlant les passants attirés par le spectacle.

Le fauconnier appelle Xéna, une de ses buses :

Le fauconnier n'est pourtant pas là pour faire un numéro. Contacté par Grenoble-Alpes Métropole, il a pour mission d'effrayer les corneilles grâce à ses rapaces. Un véritable fléau pour le stade puisqu'elles détériorent les joints d'étanchéité de la verrière en cherchant des insectes ou de l'eau. Pour éviter que les supporters ne soient importunés par des fuites, Christian Veyret, responsable exploitation du stade des Alpes, précise qu'ils ont "réparé les dégâts" mais il a fallu trouver un remède sur le long terme. Le choix a été fait d'utiliser une "méthode naturelle pour éviter une solution radicale".

C'est là qu'intervient l'association savoyarde Harris 73. "Attention ce n'est pas une société, je viens donc bénévolement", tient à préciser son président, Tahar Méguirèche. Passionné par les rapaces et en particulier par la chasse au vol, il a accepté la proposition uniquement dans le but de pouvoir balader ses oiseaux dans le parc. Il apprécie aussi de pouvoir "faire de la pédagogie" auprès des passants qui s'arrêtent régulièrement à son niveau pour lui poser des questions.

Une méthode réellement efficace ?

L'avantage de la buse dite de Harris, c'est sa capacité à chasser en groupe, ce qui la distingue des autres rapaces généralement solitaires. Cela permet donc d'effrayer plus facilement les fauteurs de troubles qu'avec un seul oiseau. Mais "les corneilles ne se laissent pas intimider par les buses", explique Jacques Prévost, ex-président et actuel bénévole de la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux) Isère, "elles peuvent même les chasser si elles se mettent à plusieurs sur une seule buse".

Difficile de dire donc si les perturbateurs sont véritablement effarouchés. Leur nombre a certes diminué mais "elles se sont simplement éloignées", constate Christian Veyret. À terme, il espère que les corneilles fassent leur nid en périphérie du parc et se maintiennent ainsi à distance du stade. Mais il est conscient que "si le fauconnier s'absente pendant quatre ou cinq mois, elles risquent de revenir". Une prévision confirmée par Jacques Prévost : "les corvidés - famille à laquelle appartient la corneille - bénéficient de notre façon de vivre, de nos déchets. Si on en tue dix, cent vont revenir. Ils peuvent faire ce qu'ils veulent, ça ne réglera pas le problème".

La buse de Harris, entre appréhension et fascination

Les rapaces ont au moins pour mérite d'attirer les promeneurs même si quelques uns sont peu rassurés par leur présence. Et ils ont de quoi l'être. Xéna, Maya et César restent des oiseaux éduqués pour la chasse au vol. Si le fauconnier veille au grain, il peut arriver que ses protégés confondent un petit chien un peu agité avec un lapin, leur gibier de prédilection. Maya, la plus jeune, a tout juste huit mois et peut être quelque peu dissipée. Mais Tahar Méguirèche se veut rassurant et précise qu'"elles sont partisanes du moindre effort. Elles ne vont pas attaquer si elle peuvent avoir de la nourriture plus facilement" - c'est-à-dire par lui. De même, elles ne sont pas censées s'en prendre à l'homme qu'elles considèrent comme un prédateur.

Du côté des promeneurs de chiens, certains sont méfiants, comme ce couple venu profiter du beau temps : "Nous n'étions pas au courant qu'il y avait des buses dans le parc mais nous ferons attention à l'avenir, c'est plutôt inquiétant". D'autres comme Solange, se sont habitués à voir le fauconnier dans les allées : "Je l'ai déjà aperçu et je n'ai pas du tout peur. Elles ont l'air bien apprivoisées et il les contrôle bien enfin c'est l'impression que j'ai eu."

Les buses en quête de nourriture suivent en effet le fauconnier aux poches remplies de morceaux de viande à la trace. Même si elles sont nées en captivité, "cela reste des animaux sauvages". Il ne peut pas leur demander d'aller à un endroit en particulier et notamment d'attaquer les corneilles mais peut les appeler de temps de temps et tenter de les diriger vers tel ou tel arbre :

Aucun contrat ne lie l'homme aux buses avec La Métro. Tahar Méguirèche choisit ainsi de venir quand bon lui semble. Généralement, il se rend sur place deux à trois fois par semaine lorsque la météo est clémente pour une balade de deux heures environ dans le parc. L'expérience doit se terminer fin février, date à laquelle les oiseaux commenceront leur période de mue. "Je reviendrai en septembre si le stade des Alpes estime que cela est nécessaire", ajoute le fauconnier avant de s'éloigner en compagnie de Xéna et César planant à ses côtés.