Groupe de travail du COP du CLEMI sur l'information aujourd'hui - Juin 2015

Questionner l’information grâce aux 5 W

Fiche d'information - Auteur : Anne Brucy

Si lorsqu'ils font leur métier, les journalistes doivent répondre aux 5 «W» (Who/qui ? What /quoi ? Where/où ? When/quand ? Why/pourquoi ?), les lecteurs, les téléspectateurs, les auditeurs et les internautes se doivent, pour se forger un esprit critique sur l'information, de répondre aux questions suivantes :

  1. Qui parle ?
  2. Quels médias ?
  3. Qui paie ?
  4. Quelles règles ?
  5. Quels régulateurs ?

1) Qui parle ?

-Répondre à cette question permet de comprendre les choix des sujets traités, la hiérarchie des sujets ainsi que les angles adoptés.

- Ainsi sur les médias traditionnels (radio/ télé/presse écrite : autrement dit les « médias premium »), un événement sera abordé différemment suivant le média et sa ligne éditoriale. Il est important de les connaître, et il ne suffit pas d'aller sur leur présentation sur leur site. Pour cela Wikipédia est d'un grand secours. Il faut néanmoins vérifier que l'article Wikipédia cite suffisamment ses sources.

- Quelques exemples :

« TF1 : « Télévision française 1, plus communément désignée sous son sigle TF1, est la première et plus ancienne chaîne de télévision généraliste nationale française créée le 1er janvier 1975 à la suite de la dissolution de l'Office de radiodiffusion télévision française et qui succède à la première chaîne de l'ORTF le 6 janvier 1975.

Elle commence à être privatisée en 19861 et cela s'achève le 15 avril 1987, perdant son statut de société nationale de programme pour devenir une société anonyme, dont l'actionnaire principal est le groupe Bouygues à hauteur de 43,6 %. »

« France 2 est une chaîne de télévision généraliste française de service public, qui succède à Antenne 2 le 7 septembre 1992 et fait partie du groupe France Télévisions. Sa couleur d'identification au sein du groupe de télévision public est le rouge et se retrouve sur tout son habillage d'antenne. »Deuxième chaîne nationale, elle figure derrière TF1, y compris en termes d'audience. Elle est disponible sur la TNT, le câble, le satellite, la télévision par xDSL et Internet. »

« Libération est un quotidien français paraissant le matin, disponible également dans une version en ligne.

Fondé sous l'égide de Jean-Paul Sartre, le journal paraît pour la première fois le 18 avril 1973 et reprend le nom d'un titre de presse similaire créé en 1927 par le libertaire Jules Vignes, nom qui sera également celui d'un des journaux de la Résistance dirigé par Emmanuel d'Astier de La Vigerie. »

« France Inter est une station de radio généraliste nationale publique française du groupe Radio France. »

« NRJ est une radio privée française créée par Jean-Paul Baudecroux et Max Guazzini le 15 juillet 1981. Elle est la station fondatrice de NRJ Group et NRJ International. »

(Source : Wukipédia)

- Il en va de même pour les sites internet de ces médias. Souvent la hiérarchie de l’information et les sujets traités diffèrent du « media premium ».

- En ce qui concerne les « pure players » généralistes il est intéressant de comparer autour d'un même fait d'actualité, comment il est traité par Mediapart (Mediapart: Site d'information français d'actualités ... site généraliste payant, orienté à « gauche », Atlantico (Atlantico.fr | Un vent nouveau sur l'info, site payant orienté à droite), Saphirs News (quotidien musulman d'actualité, site gratuit), le Huffington Post (Infos de dernière minute et opinions sur Le Huffington Post)

- ou encore les Nouvelles News (Les Nouvelles NEWS, l'autre genre d'info, autant de femmes que d'hommes dans le contenu de l'information générale).

2) Comment ?

- Mac Luhan : « the medium is message », le message c'est le medium »

- Ainsi suivant le support, le média influe sur l'information :

- La télévision ne peut traiter des sujets pour lesquels elle n'a pas d'images, au mieux peut elle faire des brèves en plateau. Elle doit obéir à des formats très précis. Dans le cas d'une télévision généraliste, les grands JT sont à des horaires précis, lesquels sont utilisés par les communicants afin d'annoncer une nouvelle au dernier moment sans que les journalistes puissent la vérifier. Ex. : Florence Schaal sur TF1.

- Ce fonctionnement est tout autre pour les chaînes d'information continue : l'information est invitée en permanence sur la chaine, ce qui peut donner lieu à des dérapages : cf. les mises en demeure du CSA sur la couverture des événements Charlie.

- La radio doit également respecter ces formats. Ces derniers diffèrent suivant les radios : France Culture peut faire des formats longs, explicatifs (1'30 sec par sujet traité) quand France Info doit rester dans le court et le factuel (40 sec par sujet). France Info, chaine d'information continue peut « casser sa grille » à n'importe quel moment pour traiter une actualité

- La presse écrite obéit également à ces règles : la « une », les « chapeaux », le « chemin de fer », le nombre de signes, les photos, etc.

- Même si la presse écrite est en mauvaise santé financière, des innovations existent :

- Le Un, une seule feuille de papier et un thème par numéro, thème traité par la philosophie, le dessin, la poésie, la recherche... et des journalistes !

- Les sites internet des médias premium (radio/ télé/ presse écrite) se retrouvent en concurrence : la presse écrite et la radio font tous de la télé sur le net, car c'est la vidéo qui marche le mieux sur Internet. Tous doivent abandonner les heures des rendez-vous traditionnels (JT, Bouclage...) pour offrir une information réactive et permanente.

- Ils ont en commun avec les « pure players » de faire jouer l'interactivité. Ainsi les contenus envoyés par les internautes (CGI : Contributions Générées par les Internautes ou UGC : Users Generated Contents) deviennent l'information.

- Dans la plupart des cas, ce sont des modérateurs algorithmiques dotés de mots clés qui régulent ces sites. Cela ne les met pas à l'abri des informations non vérifiées.

- L’interactivité impose ses lois : sur de nombreux sites vitrines des médias premium ou « pure players », c'est la demande des internautes qui fait la hiérarchie des sujets.

- L'information devient une information de la demande (qui plait au plus grand nombre) et non de l'offre.

3) Qui paie ?

- Connaître la source de financement donne des indications précieuses pour mieux décrypter l'information :

- Quelques exemples :

- M6 est la filiale du groupe RTL/ CLT, Le Figaro appartient au groupe Dassault, Europe 1 au groupe Lagardère ainsi que le JDD et Paris Match, Le Monde au trio Niels, Bergé, Pigasse, Libération à Rotschild : ces actionnaires peuvent influer sur le contenu de l'information. En presse écrite, lorsque le journal, évoque un sujet d'actualité concernant son actionnaire, il en fait le plus souvent la mention.

- Mediapart, dont on ne connait pas les actionnaires annonce pourtant sur son site, en parlant à ses internautes : « vous êtes les seuls à qui nous devons quelque chose »

- L'importance de la part de publicité dans le financement du média est importante : le média aura tendance à ne pas critiquer ses annonceurs afin de préserver ses ressources.

- Le Canard enchainé n'a pas de publicité. « Le Canard enchaîné est un hebdomadaire satirique français, paraissant le mercredi. Fondé le 10 septembre 1915n 1,3 par Maurice Maréchal, Jeanne Maréchal aidés par Henri-Paul Deyvaux-Gassier 4, c’est l’un des plus anciens titresn 2 de la presse française actuelle, après Le Figaro (1826), La Croix (1880), Le Chasseur français (1885), Les Échos (1904) et L’Humanité (1904). Depuis les années 1960, c'est aussi un journal d'investigation qui révèle nombre d'affaires scandaleuses3. »

- La part des abonnements sur le chiffre des ventes importe également : des journaux ou des télévisions avec abonnés, comme Canal + peuvent prendre des risques, car les abonnés ne les quittent pas du jour au lendemain.

- Le rôle du service public de l'audiovisuel : il est le seul à « pouvoir/ devoir » proposer des contenus indépendants. Il n'est toutefois pas à l'abri des pressions politiques et surtout des partis pris idéologiques de ses journalistes. Contrairement aux média privés qui s'adressent aux consommateurs, il est destiné aux « citoyens », et doit obéir à ce sujet un cahier des charges très précis. Il serait bon que le « public » citoyen » connaisse ce cahier des charges car il est financé par les fonds publics : la CAP (contribution à l'audiovisuel public) et par la redevance. Il est, depuis la réforme de 2008 beaucoup plus dépendant du gouvernement qui décide du montant de son financement. Il est important à ce sujet de faire une étude comparative sur les montants de redevance des pays voisins : la France est le pays au montant de redevance le plus faible.

- Il dépend néanmoins d'une part de publicité. Ses sites internet ne sont pas soumis à la même limitation de la part de publicité.

- La presse écrite est également partiellement aidée par l'Etat, grâce à des allégements de charges sociales, des régimes fiscaux particuliers et à des tarifs postaux allégés.

4) Quelles règles ?

Textes de référence :

- Ce qui fonde la légitimité de la presse, c'est la liberté. La France est un pays où règne la liberté de la presse : cf. loi sur la presse de 1881.

- Les journalistes disposent de textes de références : chartes (voir avec RSF l'ensemble de ces textes).

5) Quels régulateurs ?

- Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) :

Seul « gendarme », le CSA, ne peut, comme son nom l'indique, intervenir « à postériori » que sur l'audiovisuel. (cf. Statuts CSA)

- Presse et sites internet ne dépendent pas du contrôle du CSA.

Il n’existe pas de régulateur pour Internet. Seule la Cnil a le droit de préserver les libertés des internautes.

- Le Bureau de vérification de la publicité (BVP).