Ils courent ils courent, les plus jeunes

Capture d'écran Twitter de roco-runs

Les coureurs seraient environ 10 millions en France. Ils se dépensent à leur rythme : tous les jours, ou une fois tous les deux mois. C'est le troisième sport le plus pratiqué en France après le vélo et la natation. Et ce chiffre ne cesse d’augmenter. Un phénomène qui s'explique par un style de vie incluant le sport, et surtout de plus en plus de jeunes.

Ils sont toujours là. Ils ne reculent devant rien. Ni la nuit, ni le froid, ni la pluie. Ce sont les runners. On les voit partout, à toute heure, de plus en plus nombreux. Il est difficile de passer à côté d'eux. Thomas Delpeuch, responsable de plusieurs courses comme le semi-marathon de Paris, confirme qu’il y a plus d’inscrits ces dernières années. « Il y a plus d’événements, plus de gens qui courent, ça se rajeunit et se féminise. Nous avons plein de projets d’événements sportifs. C’est un secteur porteur le running et le sport plus généralement ». Facile d’accès (pas d’horaire, équipement léger) la course attire. De nombreux magazines spécialisés ont d’ailleurs été créés. Les grandes marques l’ont bien compris. L’émission Capital diffusée il y a quelques semaines expliquait les stratégies de Nike ou Adidas pour vendre leurs produits. Le marketing n’est pas le même que pour l’équipement de football. Là où des grandes stars font la pub de ces marques, les marathoniens ne font pas « rêver » les clients. Donc, il faut trouver une autre stratégie, notamment avec les ambassadeurs de marque dont le but est de faire le plus de bruit sur la toile. Des manoeuvres qui fonctionnent puisque les jeunes sont attirés par les photos relayées sur les réseaux sociaux. Avec 37 milliards de chiffre d’affaire chaque année, le secteur du sport pèse plus lourd que le secteur du sport. Patrick Mignon responsable du laboratoire sociologie à l’Institut National du Sport et de l’Éducation Physique (Insep) affirme que le sport est « plus qu’une mode, c’est un vrai mode de vie aujourd’hui ». Les jeunes incluent le sport dans leur vie de tous les jours (courir à midi pour ceux en stage ou les jeunes pros, en sortant de cours, ou bien le matin tôt).

« Les gens recherchent des conseils pour se mettre à la course. Ils ont bien compris que ce n’est pas le gouvernement ou la sécurité sociale qui va leur payer une bonne santé.» Lucile Woodward

Le style vestimentaire "sportswear" attire les jeunes

Depuis deux trois ans un phénomène de rajeunissement s’opère explique Patrick Mignon. D’abord, probablement parce que la chaussure de course s’est transformé en un accessoire de la vie urbaine. Cela a commencé dans les années 80 mais de plus en plus d’habits dits « sportswear » sont intégrés au style vestimentaire de tous les jours. Les campagnes de pub y sont pour beaucoup. Cette mode vestimentaire se développe parce que l’activité physique se diversifie. L’une des raisons pour laquelle le running plaît plus que la natation s'explique par des tenues tendances. Cet aspect visible de tous, autrement dit « fashion », attire les jeunes. La pratique du running s’étend aussi avec la féminisation de ce sport. En effet, dans les disciplines d’endurance les femmes réussissent aussi bien que les hommes, et le running n’est pas un sport d’affrontement. Les femmes se retrouvent donc d’égal à égal avec les hommes. Autre élément primordial: l'importance des réseaux sociaux. Sur ceux-ci les runneurs envoient leur performance (Application Nike où l'on se challenge entre amis, Snapchat, Facebook, Instagram et Twitter).

Capture d'écran Snapchat du compte Marinedlb à la fin du "10km de Boulogne".

Patrick Mignon s'exprime sur le running.
« A Paris c’est fascinant de voir que dans le centre aux heures les plus peuplées à partir de 17 heures on voit des gens entre 20 et 30 ans courir partout. »

Courir avec ses amis

L’homme n’est pas fait pour être solitaire, mais pour créer du lien, et des expériences à partager. « De plus en plus les gens, surtout les jeunes, ont envie d’être ensemble » selon Lucile Woodward. Le coureur est à l'origine seul mais il l'est de moins en moins. La course à pied n’est plus un sport si individuel que ça. Les réseaux sociaux et les bracelets électroniques rendent la pratique du running plus sociale. Un élément récent explique ce changement: les néophytes sont incités, par leurs amis, à aller courir. On est amenés à courir par les gens qu'on connaît. On imite les autres en quelque sorte. Cela permet de faire deux choses à la fois : contrôler sa ligne, son poids, sa respiration et en même temps discuter, et courir avec ses amis, ou découvrir de nouvelles personnes en courant à plusieurs. Il y a donc un côté très sociable dans la course à pieds. Thomas Silednas a créé le groupe « GEM running club » sur Facebook pour regrouper tous les joggeurs de l’école de commerce de Grenoble. Le groupe compte désormais plus de 283 membres.

Thomas Silednas le créateur du groupe Facebook GEM running club:

On relaie ses performances sur les réseaux sociaux comme Twitter, Facebook, ou Instagram. Donc, à l’origine sport solitaire, le running l’est de moins en moins. Et les individualistes ont de plus en plus besoin de se réaliser à travers des compétitions. Les jusqu’au-boutistes, eux, vont faire des trails. Ceux qui sont moins performants vont faire 10km par exemple. Beaucoup de choses seul ou en groupe sont proposées pour attirer différents types de public. Aujourd’hui, l’activité passe par la toile avec des conseils, et des blogs. On discute, on fait connaître ce sport.

                                                                                                                  Nathalie Heraud

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