40 ans de droit à l'IVG, ça se fête.
Ou pas.

Après un combat acharné de plusieurs années, Simone Veil gagnait la majorité au parlement lors du vote de sa loi dépénalisant l'IVG le 17 janvier 1975. Un droit depuis garanti par la loi, qui est pourtant loin de faire l'unanimité dans l'opinion.

"Tout est à refaire en permanence", c'est ainsi qu'Anne Coignet, conseillère conjugale et familiale au centre de planification de Grenoble qualifie le combat pour le droit à l'avortement. Cette militante quinquagénaire qui accueille depuis 13 ans les femmes du planning familial insiste sur le caractère non acquis du droit à l'avortement, malgré ses 40 ans dans la loi française. Car s'il est garanti par la législation, le droit à l'avortement est un acte qui soulève des questions d'éthique et de conscience. Le poids du milieu social et religieux est crucial dans la décision d'une femme à avorter, et ces influences dépassent de loin celles du cadre légal. De nombreuses femmes décident chaque année de ne pas avoir recours à l'IVG sous les pressions familiales. Les croyances religieuses ou la "bonne conscience" interdisent l'interruption de la grossesse, la maternité étant par ailleurs glorifiée comme étape majeure dans la vie d'une femme.

Anne Coignet, du planning familial de Grenoble estime que le droit à l'IVG est régulièrement menacé

Anne Coignet dénonce aussi l'attitude des médecins et des pharmaciens, qui selon elle ont une attitude parfois très à charge contre les femmes : "On est contre l'IVG, on n'en pratique pas ou on n'y a pas recours. Mais on se retient de donner son avis à une femme qui a une grossesse non désirée et qui a déjà une décision importante à prendre." La conseillère, qui intervient dans des collèges et et des lycées pour parler de contraception est aussi inquiète vis-à-vis de l'attitude des élèves. "Ils se montrent hostile au procédé mais mettent une étiquette de "fille facile" sur les jeunes femmes qui utilisent des moyens de contraception." Une tendance paradoxale, alors que l'accès à l'IVG et sa prise en charge ont été grandement facilités au cours des dernières décennies. Prise en charge par la sécurité sociale, respect du choix des patients, la pratique s'est démocratisée. "Ce n'est pas un droit acquis. Il faut se battre pour le conserver, même en 2015", conclut Anne Coignet.

En France, l'avortement est un droit depuis 1975, mais des cliniques et des médecins pratiquent déjà des interventions dans les années 60. En 1966, Grenoble, pionnier en la matière, ouvre sa première permanence officielle du planning familial alors que l'IVG est encore illégale, et passible de sanctions graves. La loi pour la dépénalisation de l'intervention naît sur le débat du procès de Bobigny, où une mineure est jugée en 1972 pour avoir avorté après un viol. L'affaire suscite un tollé social et politique et les 5 accusées (la mineure et les quatre femmes majeures l'ayant aidé) sont finalement acquittées.

L'acte n'est pas isolé. Dans son célèbre discours prononcé à l'Assemblée en 1974, Simone Veil évoque les organisations rebelles, qui au vu et au su de tous envoyaient les femmes par cars entiers dans les pays voisins afin de mettre fin à leur grossesse dans un cadre légal. Quand sa loi est promulguée, 350 françaises meurent encore chaque année d'avortements pratiquées dans des conditions précaires, ou des suites de leurs complications.

Aujourd'hui, la procédure est banalisée et comporte peu de risques.

Malgré ces progrès, et si la France est bien placé en la matière, l'avortement n'est pas facilité chez certain de nos voisins comme l'Irlande, qui l'interdit sauf en cas de viol ou si la vie de la mère est en danger. L'Espagne, qui disposait de mesures efficaces tente à présent de faire marche arrière en restreignant les conditions d'accès. Le projet de loi visant à réduire les délais dans lesquels une femme peut avorter a finalement été retiré, mais l'idée reste dans les cartons. Même dans les pays autorisant l'intervention, les frais ne sont que partiellement, voire pas du tout couvert par l'Etat et sont facturés au même titre que n'importe quel acte de chirurgie. Elle reste donc inaccessible à toute une tranche de la population. Dans le monde entier, de nombreux pays répriment encore sévèrement les interruptions de grossesse. L'Afrique et le Moyen-Orient sont particulièrement hostiles à la mesure, en raison de fortes positions culturelles et religieuses sur le sujet.

L'accès à l'IVG dans le monde

Alexandra Ardri

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